L’ENSMM entre dans une nouvelle phase

Pendant 16 ans, Sylvain Compagnon travaille sur le développement technologique du Doubs, définissant des lignes stratégiques pour les filières industrielles. Aujourd’hui, il accompagne des projets d’entreprises à l’incubateur DECA-BFC.

Issu du chrono 85 de l’ENSMM, il connaît bien la filière microtechnique puisqu’il contribue notamment à la naissance du Pôle des Microtechniques et au montage de la plateforme partenariale de l’ENSMM.

Entretien avec celui qui a naturellement accepté la charge de président de l’ENSMM en novembre 2018, afin de « contribuer à éclairer le futur de l’école et du territoire ».

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à accepter cette charge ?

Je considère cette responsabilité tant comme un honneur qu’un devoir. Les membres du CA m’ont fait confiance pour accompagner l’école dans sa nouvelle phase et nous avons maintenant 5 ans pour lancer une impulsion positive et forte au sein de l’école. Je me suis donné une année pour partager nos ambitions et 4 ans de mises en œuvre. 

Nous sommes à un moment charnière. En plus de 100 ans d’existence, l’école a connu plusieurs phases. Elle formait au départ 30 élèves par an. Il y a 25 ans, l’école a déménagé dans ses nouveaux locaux sur la technopole TEMIS. Aujourd’hui, elle forme environ 240 élèves chaque année. Il y a eu un important travail des directeurs précédents pour mettre cette machine en marche. Cette phase de grande croissance a été usante pour les directeurs et je souhaite rendre à nouveau cette fonction attractive en facilitant sa vie quotidienne.

Avec Pascal Vairac, notre directeur, nous partageons la même vision. L’école se construit autour d’un triptyque : les étudiants, le corps des professeurs et chercheurs, ainsi que les services ressources. Elle ne peut fonctionner au mieux que lorsque les 3 entités sont satisfaites et participent ensemble à un projet pédagogique, de recherche et d’avenir. Nous avons aujourd’hui un potentiel de ressources qui nous permet d’avancer : une équipe renouvelée, un volume suffisant, des objectifs partagés. On peut se permettre de réfléchir, d’analyser, de se donner des projets pour l’avenir de l’école.

Justement, quel avenir voyez-vous pour l’ENSMM ?

Nous devons travailler sur 3 axes : établir plus de lien avec notre écosystème, retravailler le fonctionnement interne et, bien sûr, réfléchir à l’avenir des étudiants et des microtechniques.

Il y a quelques années, j’ai participé à une conférence sur les enjeux de 2050. Ce sont nos étudiants qui seront en poste au sein des entreprises à cette échéance. Je souhaite donc amener cette conscience au sein de l’ENSMM. Il faut veiller constamment à faire correspondre la formation donnée aujourd’hui, avec les besoins de demain.

Economies d’énergie, matériaux responsables en ressources et usages, écoconception, ressources intelligentes… l’avenir du métier d’ingénieurs est là. Notre lien avec la recherche met également en avant des compétences réelles au service des entreprises des microtechniques : traitement de surface, micro-fabrication, métrologie…

Il y a aujourd’hui près de 5200 anciens ingénieurs ENSMM en activité, dont 20 % à l’international. Nous avons par ailleurs 53 accords de coopérations internationales. Nous pouvons donc largement diffuser notre culture des microtechniques et participer à inventer l’ingénieur de demain. Nous souhaitons d’ailleurs aller vers encore plus de mobilité avec 6 mois à l’étranger.

Il faut également continuer d’ouvrir ce métier aux femmes : nous avons aujourd’hui 18 % d’étudiantes. Demain ce pourrait être plus. Notre métier est recherché, nos ingénieurs sont bien payés, ce sont des atouts pour les entreprises. L’école a de beaux défis à relever, j’y contribuerai afin de porter un projet d’avenir pour l’école mais également pour le territoire plus largement.  

La filière se réinvente constamment, quel est l’apport des ingénieurs ENSMM ?

A mon sens, l’avenir des microtechniques se jouent sur 3 aspects : le croisement des technologies, le positionnement multimarchés, et le fait de booster l’exportation. Ce trépied assure l’avenir des microtechniques sur le territoire. L’école doit également y contribuer.

Les microtechniques ont connu la crise horlogère fondatrice, mais également la crise de la connectique, de la téléphonie. Aujourd’hui, les entreprises ont bien compris la force à être multimarché : automobile, connectique, traitement de surface, luxe, médical, aéronautique… les débouchés sont multiples.

Nos étudiants viennent de toute la France et repartent avec une pluridisciplinarité forte. Le croisement de technologies n’est pas simple, mais c’est un atout qui nous différenciera des pays les moins chers. Nous devons prendre de l’avance et rester sur cette assurance vie pour la filière. On le voit bien au sein des entreprises régionales, celles qui se distinguent prennent des atouts sur leurs concurrents mondiaux en croisant les technologies, je pense à Cryla, Worldplas, C&K components...

Au travers des stages, mais également de nos plateformes, nos élèves ingénieurs participent directement à faire évoluer les entreprises. Nous mettons nos savoirs à disposition des entreprises. C’est souvent l’occasion pour les entreprises de mettre le pied à l’étrier, d’amorcer des démarches de recherche ou d’études.

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