11/12/2025

TEMIS Innovation – Maison des Microtechniques occupe une place centrale dans l’écosystème d’innovation qui s’est bâti ces 20 dernières années sur Besançon. Elle offre aux jeunes entreprises deeptech des conditions adaptées à leurs cycles et contraintes de développement : des locaux, des plateformes technologiques, des expertises scientifiques et technologiques, des réseaux et l’accès à des supports pour les affaires et l’innovation. Sa genèse, sa réalisation et les résultats qui en sont issus, trouvent leurs origines dans ce dialogue entre les pouvoirs publics et les milieux de la formation, de la recherche et de l’industrie. Cette intelligence collective est une marque de fabrique du Grand Besançon. Elle se concrétise avec la réalisation de projets structurants porteurs d’avenir, comme dans les biothérapies et la bioproduction, avec le centre BIO Innovation.

Questions à Pascal Morel, ancien directeur de l’Établissement Français du Sang (EFS) de Bourgogne-Franche-Comté.
Comment est née cette dynamique autour des biothérapies à Besançon ?
Pascal Morel : « L’écosystème est né d’activités de recherche portées par les services de santé de l’époque – l’EFS, le CHU et tous ceux qui avaient besoin de nouveaux outils thérapeutiques. Très vite, biologistes, ingénieurs, services de santé mais aussi les écoles comme l’ISIFC ou l’université ont perçu qu’un potentiel fort existait à Besançon pour faire émerger une nouvelle voie thérapeutique. Et ce qui est remarquable, c’est cette prise de conscience collective, presque simultanée. Parfois, les dynamiques collectives naissent de l’alignement de volontés individuelles fortes. Tous les acteurs ont su dépasser les logiques de silo pour travailler ensemble. C’est ce choix qui a tout changé. On aurait pu rester chacun dans nos pré carrés.
Parmi les éléments clés de cette dynamique, il y a eu aussi cette prise de conscience : si les capacités en biologie étaient bien présentes à Besançon, elles n’étaient pas encore suffisamment matures ou différenciantes pour porter seules un projet d’envergure. En revanche, la vraie force du territoire résidait ailleurs, dans l’ingénierie, dans les microtechnologies, dans la puissance de l’institut FEMTO-ST. Lorsque nous avons déposé notre second dossier FEDER (projet MiMédi en 2017), les évaluateurs ont justement relevé qu’il n’était pas assez ancré dans les points forts régionaux. Nous avons donc révisé notre copie pour proposer des médicaments innovants fabriqués avec les outils et procédés développés par les écoles d’ingénieurs. »
Quelle était l’ambition dès les débuts ?
P.M. : « Dès les débuts, notre vision dépassait les frontières régionales. Il ne s’agissait pas seulement de produire des médicaments pour ici mais, pourquoi pas, de vendre des outils de production ailleurs dans le monde. Car les biothérapies que nous développons nécessitent une vraie proximité avec les patients. La vision que l’on avait pour l’avenir, c’était celle-là et pour que cela fonctionne, nous devions imaginer une filière complète, un cercle vertueux qui attire les talents de demain et ancre les nouveaux acteurs sur notre territoire. Nous avons été parmi les premiers à saisir l’importance de maîtriser toute la chaîne : nous avions les patients d’un côté et les médicaments de l’autre. C’est cette maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur qui donne aujourd’hui à notre territoire une longueur d’avance, non seulement en France mais également en Europe, et c’est là-dessus que se fonde l’avenir. »
Quel rôle l’EFS a-t-il joué dans cette aventure ?
P.M. : « Le rôle de l’EFS dans cette aventure est considérable. Sa force réside dans sa compréhension des mécanismes cellulaires. Dès le départ, l’EFS a été identifié comme moteur dans ces activités. Donc très vite, l’EFS a été une terre d’accueil pour les étudiants, cliniciens, biologistes investis sur cette thématique. C’est cette réputation qui a attiré à Besançon des experts comme Olivier Adotevi ou Christophe Borg, convaincus par l’expertise développée de la cellule, de l’immunité cellulaire… mais aussi par l’accès direct aux donneurs, aux patients. Cela donnait un terrain fertile pour des projets innovants en matière d’immunothérapie. Tous les feux étaient au vert : vaccinothérapie, cellules immunocompétentes… L’EFS a été parmi les premiers à publier dans ces domaines. Et c’est grâce à ce travail de l’EFS, au travers de ses équipes de recherche et de son environnement, qu’a émergé la réputation de Besançon en matière de biothérapies. Mais ce qui rend ce modèle unique, c’est qu’il ne repose pas uniquement sur l’EFS. L’unité de recherche rassemble aussi l’Université, le CHU, l’Inserm.
À Besançon, on a su construire une collaboration réelle, où l’EFS donnait accès aux échantillons biologiques… Un véritable service rendu à la recherche et ce n’est pas un simple affichage : ça fonctionne. Je connais tous les EFS de France et nulle part ailleurs, cette intégration n’a atteint un tel niveau d’opérationnalité.
Précisons que cette structuration a été soutenue dans le temps par la Région qui a toujours répondu présent, avec des financements réguliers et des interlocuteurs engagés, conscients que quelque chose de structurant se passait ici. Ce qu’on a bâti, ce n’est pas qu’un pôle de recherche : c’est un embryon de filière, avec un vrai potentiel industriel, avec un objectif clair : soigner les gens. »
« À l’époque, nous fabriquions les médicaments de demain avec les outils d’hier. Alors, nous avons décidé de développer les outils de demain pour produire les médicaments de demain. »
À Besançon, chercheurs et ingénieurs collaborent : un atout pour faire avancer la médecine ?
P.M. : « Ce qui rend cette aventure passionnante, c’est qu’elle dépasse la simple collaboration entre chercheurs et ingénieurs. On a réfléchi ensemble, produit du concret, partagé les enjeux, confronté les langages. Pour mieux appréhender les problématiques et les traduire, un ingénieur de FEMTO-ST a même passé un an au sein de l’EFS, car scientifiques de la médecine et ingénieurs ne parlent pas le même langage.
C’est ainsi que naissent des ponts entre des sciences très différentes. Chacun apporte son expertise et de cette rencontre peuvent émerger des idées inattendues, comme cette proposition, lancée presque par hasard par un ingénieur : étudier les sons pour résoudre une problématique liée aux anticorps. »
Quelle place occupe aujourd’hui Besançon dans la production de biomédicaments et quels sont les défis à venir ?
P.M. : « TEMIS ne cesse de grandir, et c’est essentiel de continuer à soutenir les projets. Le regroupement des acteurs au sein de BIO Innovation, les liens étroits qui se tissent entre eux, l’arrivée régulière de nouvelles entreprises : tout cela reste un puissant moteur de développement. Ce que nous avons construit ici, à Besançon, c’est une capacité à faire qu’on ne déplace pas. Nulle part en France et ailleurs, existe cette capacité-là. Son caractère unique est à la fois remarquable… mais peut aussi être une faiblesse. Cette croissance nous pousse aussi à anticiper. Très vite, les capacités actuelles risquent de devenir insuffisantes. Le socle est là, solide, unique mais on ne pourra pas passer à l’étape suivante sans prévoir de nouveaux investissements à la hauteur des ambitions industrielles et des besoins de production à venir. Pour passer à l’échelle supérieure, c’est-à-dire, pour pouvoir fabriquer des biothérapies à échelle industrielle, il nous manque un outil de production suffisant pour accueillir les entreprises d’aujourd’hui et de demain qui ont besoin de surface. Mais ce sont d’énormes investissements pouvant aller jusqu’à 40 millions d’euros… Il faudrait donc aller chercher des financeurs. Le temps passe, notre avance se réduit. Mais je n’ai aucun doute sur notre capacité à aller encore plus loin car tout est prêt. Surtout, il faut entretenir la flamme : continuer à animer l’écosystème, à faire en sorte que la dynamique collective reste vive, que le monde académique reste connecté à celui de l’entreprise. C’est ce qui permettra à TEMIS Santé de continuer à progresser. Il faut maintenant entretenir cet avantage, maintenir le cap et jouer pleinement notre rôle de service public, au service de la thérapeutique pour les maladies graves. »
Contact EFS Bourgogne-Franche-Comté : www.efs.sante.fr/lefs-en-bourgogne-franche-comte