12/03/2026

Ces dernières années, l’ARN messager a été mis sur le devant de la scène, mais dans la famille des acides ribonucléiques il n’est pas le seul à intéresser la Recherche. À Besançon, des chercheurs misent sur l’ARN interférent pour faire avancer la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI).
Rendre le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique) – ou MICI – moins contraignant au quotidien et plus efficace dans la durée. C’est pour répondre à cette double problématique que des chercheurs bisontins ont développé ORA-251, un candidat médicament génétique qui cible l’intestin grâce à l’action de l’ARN interférent et administrable par voie orale. Les MICI concernent 300 000 patients en France, 10 millions à travers le monde, et cette biothérapie révolutionnaire pourrait, à terme, les soulager.
Créée en juillet 2025, la startup Oragen Therapeutics poursuit les travaux engagés par Arnaud Beduneau, docteur en sciences et professeur de technologie pharmaceutique, et Thomas Stalder, docteur en pharmacie et pharmacien hospitalier. « L’ARN interférent empêche la production, à partir de l’ARN messager, d’une protéine qui stimule l’inflammation. Notre travail est d’accentuer ce phénomène naturel », précise Henri Pierre, son CEO.
Six médicaments dans le monde utilisent déjà cet acide mais uniquement dans le cas de maladies hépatiques. « Notre réelle particularité est d’orienter l’ARN interférent vers l’intestin. C’est le cœur de notre technologie ! »
Une startup ancrée localement
Cette innovation provient directement de recherches menées depuis cinq années au sein de l’UMR Right et du CHU de Besançon. La startup, incubée depuis mai 2025 par DECA-BFC, bénéficie de l’appui du PMT et espère continuer son parcours technopolitain au sein du centre de ressources BIO Innovation, l’équivalent en matière de santé de TEMIS Innovation – Maison des microtechniques.
« Nous avons envisagé d’autres implantations, y compris à l’étranger, car il est très difficile de développer un médicament en deeptech aujourd’hui en France, mais Besançon est un pôle d’innovation reconnu avec un continuum au sein de l’écosystème très favorable. C’est important, cela facilite et accélère beaucoup de choses. Dans la mesure du possible, nous essayons aussi de travailler avec les industriels/CDMO locaux », reprend le dirigeant Haut-Saônois, qui a effectué une partie de ses études en pharmacie à Besançon.
Également présent au sein de cet écosystème, la SATT Sayens, opérateur de transfert de technologie de la recherche académique régionale, a accompagné pendant plus de deux ans la maturation des travaux de l’Université Marie et Louis Pasteur et du CHU. Une étape primordiale dans la réussite d’un transfert vers les marchés. « Nous avons effectué le dépôt de brevet dès 2023, puis recherché les voies possibles de valorisation du travail des chercheurs. La startup nous a paru une évidence. En janvier 2026, nous avons signé un contrat de licence exclusif avec Oragen Therapeutics et avons pris une participation (minoritaire) au capital », détaille Romain Liège, président de Sayens.
Un marché de 30 mds $ annuels
À trois ans de la phase clinique, la biotech a lancé en janvier dernier une levée de fonds de 2,5 M€. « Nous sommes en discussion avec des industriels, des ″business angels″, régionaux. Nous avons aussi ouvert le capital aux particuliers qui souhaiteraient soutenir la recherche locale via la plateforme Capital Cell. Cette enveloppe doit couvrir les frais jusqu’à la phase de démarrage des études réglementaires. »
Pour les réaliser, puis passer à la phase clinique, Oragen Therapeutics devra encore collecter 15 M€. Les essais de phase III et la commercialisation, pour lesquels la jeune entreprise échange déjà avec des laboratoires pharmaceutiques à même de « poursuivre le développement », coûteraient entre 500 000 et 1 M€. Le marché visé est estimé à 30 milliards de dollars par an.
« Nous participons au rayonnement international de la science franc-comtoise », défend Henri Pierre. La société est arrivée en finale du Startup Spotlight BIO-Europe 2025, comme l’une des biotechs les plus prometteuses, « au côté de startups issues d’universités telles Stanford ou le MIT ! ».