Blood Tech et onconthérapies : Besançon à la pointe

L’équipe de recherche EFS-INSERM-Université de Franche-Comté développe depuis plusieurs années un programme de thérapie cellulaire en cancérologie basé sur la technologie CAR-T cells (récepteur chimérique antigène).

Publiés en janvier dans la revue scientifique américaine Cancer Research, leurs travaux permettent de faire avancer la lutte contre le cancer. 

Entretien avec les Drs Christophe Ferrand et Marina Deschamps pour faire le point sur les suites du projet et ses particularités. 

 

Pouvez-vous nous rappeler l’objet de vos recherches et les prochaines étapes ?

Nous travaillons sur le développement de médicaments innovants basés sur la technologie CAR-T cells. Cette approche consiste à modifier génétiquement les Lymphocytes T du patient pour qu’ils activent un récepteur capable de reconnaître et détruire les cellules cancéreuses. Ces cellules immunitaires ainsi modifiées sont injectées au malade : il s’agit d’un véritable traitement personnalisé et de précision.

Cette publication dans la revue Cancer Research marque l’achèvement de la première étape : la recherche et le développement du modèle. Nous avons par ailleurs protégé nos résultats par une demande de brevet en 2017, étendue par voie internationale en 2018.

La prochaine étape consiste à préqualifier le produit en phase préclinique, et de valider notre système pré-GMP, en vue d’un passage à l’échelle compatible avec l’usage chez l’homme. L’idée est ensuite de faire un essai clinique de phase I « First use in Human » afin de démontrer la faisabilité et l’absence de toxicité.

Parallèlement, nous poursuivons les investigations concernant d’autres hémopathies et cancers.

 

Suite à cette publication dans la revue Cancer Research, quelle portée internationale espérez-vous pour travaux ?

Notre CAR-T est le premier avec une preuve de concept complète qui cible IL1RAP.

En France, il y a actuellement une réflexion menée par l’Institut National du Cancer sur la structuration de la recherche publique autour des CAR-T cells. Etant la première équipe académique française à avoir développé un CAR-T, nos travaux devraient pouvoir servir de support à cette réflexion, montrant ainsi la faisabilité mais également les difficultés et notamment le financement d’un tel projet.

 

Depuis 2016, vous êtes équipés d’une plateforme de préparation en interne : en quoi cela a-t-il accéléré / facilité vos recherches ? D’autres équipements sont-ils prévus ?

Cette plateforme entre dans le cadre de l’établissement pharmaceutique national de l’EFS et permettra de produire justement nos médicaments de thérapie innovante (MTI). Il s’agit de l’une des rares plateformes académiques françaises répondant aux normes européennes pour la fabrication de tels médicaments.

Cela accélérera forcément nos recherches dans le sens où lorsque la mise à l'échelle sera effectuée, cette plateforme produira, localement et en conditions GMP (grade clinique), ce MTI en vue de l’administrer aux patients. Nous disposons à Besançon d’un terrain privilégié pour la recherche et le développement de thérapies CAR.

 

Vous travaillez au sein de l’UMR 1098 qui associe l’Etablissement Français du Sang (EFS), l’INSERM, l’Université de Franche-Comté en lien étroit avec le CHU de Besançon : quels avantages tirez-vous de ce partenariat ?

Nous bénéficions de financements récurrents de l'EFS, de l’INSERM et de l'université, et notre UMR est en grande partie hébergée au sein de l’EFS. Nous sommes d’ailleurs tous deux chercheurs à l’EFS. Nous encadrons des étudiants M2 et doctorants de l'université qui participent à nos travaux dans le cadre de leur cursus. Quant au CHU, il nous permet un accès direct aux prélèvements des patients (cohorte), et rappelons que nos travaux ont été initiés avec le Dr Fabrice Larosa, hématologue au CHU.

C’est une grande chance pour nous de travailler dans un tel environnement : il regroupe à la fois les partenaires et les structures nécessaires à la réalisation de nos travaux, et c’est probablement là que réside la force de l’UMR1098.

 

Le docteur Pascal Morel remerciait récemment les donneurs de sang « sans qui le projet ne pourrait avoir lieu », qu’est ce qui les rend indispensables à vos recherches ?

Les donneurs de sang nous fournissent du matériel biologique humain très précieux, validé et qualifié. C'est inestimable pour les chercheurs. Les CAR-T cells sont produits à partir des globules blancs (lymphocytes T), notre « matière première ». Sans les donneurs, nous ne pouvons pas mener nos travaux de recherche et développer ces nouveaux outils innovant en immunothérapie anti-tumorale.

 

En savoir plus : https://www.efs.sante.fr/lutte-contre-le-cancer-lequipe-de-recherche-de-lefs-de-besancon-developpe-un-medicament-innovant

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