19/03/2026

Joël Agnus et Valentin Reynaud (lauréat 2025 du concours d’innovation d’État i-PhD), ingénieurs de recherche au sein du département AS2M de Femto-ST, développent une nouvelle génération de capteurs MEMS dédiés à la métrologie des microforces. Baptisé SensiTips, le projet est en cours d’incubation. Les chercheurs prévoient de créer leur startup en janvier 2027. Ils témoignent des défis à relever pour faire exister leur technologie hors du labo.
En quoi consiste le projet SensiTips et quelle est son histoire ?
Joël Agnus : « SensiTips est né d’un besoin très concret : pouvoir mesurer et maîtriser les microforces pour mieux comprendre les interactions mécaniques à l’échelle microscopique. Dès ma thèse en 2003, consacrée aux outils de préhension pour la micromanipulation et le micro-assemblage, nous avons rapidement été confrontés à la nécessité de mesurer les forces réellement mises en jeu lors des opérations d’assemblage. Avec le temps, des chercheurs et ingénieurs nous ont sollicités pour réaliser des mesures pour leurs propres problématiques expérimentales, parfois directement sur leurs dispositifs, parfois sur nos plateformes. Ces demandes répétées ont montré que le besoin dépassait largement la micromanipulation et concernait de nombreux contextes où les solutions de mesure restaient limitées. »
Valentin Reynaud : « Lorsque j’ai débuté ma thèse en 2021, encadrée par Joël, donc, mais aussi par Cédric Lévy, l’enjeu était d’aller plus loin en apportant une dimension métrologique aux capteurs. Il s’agissait de comprendre dans quelle mesure on pouvait fournir une mesure fiable et quantifiée, et donc savoir quelle confiance accorder aux résultats expérimentaux. Cet aspect avait été peu exploré jusqu’ici, car pour la micromanipulation, la qualité métrologique de la mesure n’est pas prioritaire. »
J. A. : « Aujourd’hui, les capteurs SensiTips peuvent être intégrés très facilement dans des bancs expérimentaux et adressent des problématiques variées, que ce soit en caractérisation de matériaux, de microsystèmes ou en sciences de la vie. »
À quelle étape du développement de votre projet vous trouvez-vous ?
V. R. : « Notre technologie est mature et fournit des mesures fiables dans des champs très divers, ce qui rend encore délicate l’identification d’un premier marché prioritaire. Aujourd’hui, nous interrogeons des spécialistes de leur domaine au niveau national et européen pour cerner leurs problématiques et voir comment nous pouvons leur trouver une solution. »
J. A. : « Nous devons faire des choix applicatifs qui correspondent à un marché d’une taille suffisante, c’est tout le sens de l’accompagnement dont nous bénéficions aujourd’hui. »
Pouvez-vous détailler la façon dont vous êtes accompagnés ?
V.R. : « SensiTips, marque déposée en décembre 2025, est incubé par DECA-BFC dont l’une des missions est de nous accompagner dans notre transformation entrepreneuriale. Lauréat du concours i-PhD, je bénéficie de formations et de coaching et nous suivons aussi le programme Challenge + de HEC. Par ailleurs, ma thèse s’inscrivait dans le cadre de l’Itinéraire Chercheur-Entrepreneur (ICE), un dispositif régional visant à faciliter le transfert de toutes les pépites issues des laboratoires. Il y a beaucoup de moyens et de strates pour soutenir les travaux de rupture, que ce soit auprès de la Région et de l’incubateur DECA-BFC mais aussi de Bpifrance, de FC’Innov, de la SATT Sayens et du PMT. Le tissu industriel local est lui aussi intéressant, tout cet écosystème est capital et accessible sur la technopole TEMIS. »
Vous prévoyez de créer votre startup en janvier 2027. Quel est l’aspect le plus difficile de ce cheminement ?
J. A. : « Nous n’avons pas choisi le monde de la recherche par hasard ! Nous étions assez éloignés des préoccupations de business, mais une entreprise ne vit que parce qu’elle a des clients. C’est là où le défi devient intéressant : transformer des résultats de recherche en un produit qui réponde à leurs besoins. »
V. R. : « Le principal défi aujourd’hui est entrepreneurial. La thèse m’a permis de m’approprier la technologie et le dispositif ICE m’a apporté une première acculturation à la création d’entreprise, mais faire émerger un marché autour d’une innovation s’apprend sur le terrain ! »